30
Juil. 2010
Publié par
J.L. Soubirous

La crise qui nous a secoués, et qui à bien des égards va nous ébranler encore longtemps, va redonner une forte légitimité à la rigueur et à la recherche

Bernard Ramanantsoa

Par Bernard Ramanantsoa, Directeur Général d'HEC Paris, Président de la CEMS
Article extrait de la REVUE RH&M N°38 Juillet 2010

Ouf : pour la pensée et la recherche, demain sera un autre jour...un jour meilleur. Finie désormais l'époque où nos utopistes nous incitaient à « surfer » sur cette vision apaisée d'un monde désormais sans aspérité, qui ne pouvait être que néolibéral. Finie cette illusion d'une planète sans combats idéologiques, sans lutte des classes, fini ce rêve d'une mondialisation heureuse et de la fin de l'Histoire.

La crise nous impose de tirer tout de suite une leçon : il est urgent pour les entreprises et pour le gouvernement d'investir durablement dans la recherche. Qu'attendra-t-on des entreprises de demain ? Evidemment pas des modèles démodés ou « rapidement périssables », mais encore moins des discours idéologiques. Il ne s'agira pas de se contenter de méthodes et de recettes inéluctablement déjà dépassées ; il faudra au contraire que les cadres soient à même de se préparer à inventer demain de nouvelles approches et à résoudre de nouveaux problèmes.

Sans doute cela conduira-t-il à repenser le lien dialectique qui lie la recherche à l'économique. C'est d'ailleurs là que rentrent en piste les institutions d'enseignement supérieur, qui forment les cadres de demain : il faut que celles-ci, en France comme à l'étranger, luttent pour échapper à la « pensée unique », il faut même qu'elles soient à l'origine de pensées alternatives. Elles doivent contribuer à faire émerger une vision plurielle des choses, en prenant le risque de la contradiction, parfois de l'incohérence passagère. Plus que jamais, elles doivent éviter d'être les relais passifs de ce qui, mode après mode, idéologie après idéologie, continuera, comme par le passé, à être inéluctablement présenté comme nécessaire. La complaisance sera de plus en plus contre-productive. Il s'agit même probablement d'un enjeu démocratique : les écoles de management doivent affirmer, haut et fort, que leur vocation est de forger des citoyens avant de former des experts ou des techniciens de l'immédiat ! Il importe également d'affirmer avec force qu'à l'heure où l'immatériel tient une place croissante, la bonne compréhension du monde et de sa complexité requiert de la part des futurs managers une culture et un décloisonnement de l'esprit. L'économie et la société ont grand besoin, pour aujourd'hui et demain, de rigueur et de scientificité.

Mais la recherche requiert une certaine ascèse, un long exercice de recul. Et c'est bien là que le bât pourrait blesser : l'ascèse n'est guère à la mode. Tout le monde voit bien, à l'heure du zapping, que le risque est grand qu'on ne veuille plus que « du court, du concret ». On peut comprendre les causes de cette perte de l'intérêt pour la conceptualisation : il est de plus en plus difficile -et la crise ne va rien arranger !- de s'abstraire de ses tâches ; les entreprises sont soumises à des modes de plus en plus brèves, et tout est sur le même plan : vraie connaissance et dernier gadget.

Si notre recherche n'est pas compétitive, nos entreprises ne le seront plus, ou quitteront notre pays ; les meilleurs talents iront s'installer ailleurs. C'est un problème qui concerne tout le pays ! Il faut que nous acceptions collectivement que l'enseignement supérieur soit un investissement. A la sortie de la crise, il faut se retrouver dans le peloton de tête...ou se résigner à ne plus être dans la course. Il y va de la compétitivité de notre pays !

 

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